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Les articles de SXB
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[
Les Poils Pubiens ]
Les poils pubiens provoquent actuellement un véritable
désastre dans les relations publiques. Ça
fut déjà assez problématique
quand on découvrit une mèche errante
sur la cannette de Coca de Clarence Thomas.
Maintenant les filles de "The View", une
émission de commérages matinaux sur
ABC, parlent de leur "George W" pour désigner
leur entrejambe. Et la toison est elle-même
en voie d'appartenir au passé, étant
donné le nombre croissant de femmes qui choisissent
de se raser presque totalement. Il y a à peu
près une décennie, les étranges
petits échantillons de moquette rectangulaires,
les "Charlie Chaplins" ou "pistes d'atterrissage"
(juste au-dessus du clitoris) sont devenus à
la mode, d'abord parmi les vedettes de porno. Bien
que quelques uns des magazines de charme lesbiens
montrent un petit peu plus de variation, la tendance
est aussi au minimum dans ce milieu. Et les danseuses
"érotiques" disent que le rasage
est de rigueur dans leur profession, où la
mode en matière de "coiffures " suit
souvent celle de l'industrie pornographique.
Mais de nos jours, cette esthétique
de la tonte sévit non seulement dans le milieu
retouché et sur-gonflé du fantasme commercialisé,
mais également dans le monde réel. Cindy
Barshop, propriétaire de Completely Bare ("Complètement
nue"), un salon d'épilation sur Madison
Avenue à New York, dit de nos chers petits
toits de chaume qu' "ils sont de plus en plus
petits". Alors que l'épilation du maillot
se fait depuis longtemps, l'épilation brésilienne
- où tous les poils du sexe sont enlevés
à part une petite surface rectangulaire ou
triangulaire, qui est taillée avec précision
comme un jardin à la française -- est
maintenant devenue très à la mode parmi
les clientes de Barshop.
"Complètement nue", le style
éponyme du salon (un nom pas tout à
fait exact vu qu'on laisse quand même un petit
motif rond juste sur le mont de Vénus), est
de plus en plus réclamé. Certaines des
amatrices du rasage que j'ai interviewées vont
encore plus loin en rasant le tout ; deux d'entre
elles ont même rasé de si près
qu'elles se sont coupé leur clitoris : "J'ai
cru que je ne pourrais plus jamais avoir d'orgasme,
ou même aller aux toilettes", dit l'une.
Jamais plus d'orgasme? Mais quelles forces peuvent
bien pousser des gens a priori raisonnables à
prendre de tels risques avec leur petit bijou précieux?
La civilisation humaine a toujours exprimé
une profonde ambivalence envers les poils. Alors que
l'épilation est un phénomène
relativement nouveau dans la plus grande partie du
monde Occidental, les femmes turques, iraniennes et
italiennes s'épilent depuis des siècles,
de même que les femmes dans certaine parties
de l'Inde et de l'Afrique. Selon Femina Libido Sexualis,
un texte médical de 1965 riche en information
anthropologique (pas nécessairement fiable)
sur les caractéristiques sexuelles féminines,
l'abondance de poils pubiens a été considérée,
dans certaines régions de la Sibérie,
comme une "excroissance monstrueuse" pouvant
être attribuée à de mauvais esprits,
et constituant un motif suffisant pour qu'un mari
divorce de sa femme.
En revanche, les Arus de l'Indonésie
de l'Est portent des amulettes contenant des poils
pubiens féminins pour éloigner les mauvais
esprits. Au Japon, l'absence de poils chez une femme
pourrait justifier l'annulation d'un mariage. Dans
la culture occidentale, les poils sont généralement
mieux acceptés aux époques et dans les
régions où les gens sont plus à
l'aise avec le sexe et la sensualité.
On trouve hommage sur hommage à la touffe
dans la peinture, la photographie et la pornographie
française. Peintre et amoureux de Tahiti, Paul
Gaugin conservait des poils de toutes ses maîtresses,
et les Romantiques semblent avoir eu des tendances
similaires. Caroline Lamb, femme du Premier Ministre
Anglais Lord Melbourne, aurait envoyé quelques
mèches de sa toison à son amant, Lord
Byron. Bien évidemment, le sujet consumait
les Victoriens d'une angoisse qui rivalise avec notre
hystérie actuelle. La plupart de leurs nus
cachent l'aine, et ceux qui montrent des femmes dans
des positions explicites on tendance à omettre
les poils. Ne peindre que des nymphes et des déesses
est une manière très pratique d'esquiver
le problème : après tout, qui sait vraiment
ce qu'elles ont entre les jambes.
De tels portraits ont dû faire leur effet
: on dit que le critique d'art John Ruskin n'a jamais
consommé son mariage tant il fut consterné
par la fourrure qui se trouvait entre les jambes de
sa femme. Sigmund Freud croyait que les femmes étaient
excessivement - quoiqu'inconsciemment - préoccupées
par leurs poils pubiens, et suggérait que leurs
réussites dans l'art du tissage puissent éventuellement
être attribuées au désir insatisfait
de tisser les poils de leur sexe pour cacher une absence
honteuse. (Quand j'ai exposé cette théorie
à ma petite amie, elle s'est mise, par caprice,
à tresser les miens. Bien évidemment,
cela m'a remonté le moral, et ma revendication
phallique sous-consciente a diminué immédiatement.)
Freud affirmait également que, "sans l'ombre
d'un doute", les femmes portaient des fourrures
parce que cela leur rappelait les poils pubiens.
Quelques décennies plus tard, dans les
années 50, Playboy évoquait par jeu
ce qu'il n'osait pas montrer à l'aide de boas
en plumes qui disparaissaient entre les jambes du
mannequin. Marilyn Monroe, qui figure sur la couverture
du premier numéro du magazine en décembre
1953, est présentée avec jubilation
comme "entièrement blonde". Playboy
ne montra pas d'entrejambe jusqu'aux années
70, et à cette époque la touffe intégrale,
dans tout son charme chaotique, était très
à la mode.
En 1972, une "Miss Octobre" n'ayant
jamais vu l'ombre d'un ciseau est allongée
sur un lit de feuilles, tandis que "Miss Mai",
également poilue, se détend sur un tapis
en peau d'ours et parle de déménager
au Colorado pour "revenir à la nature".
Dans les Playboys des années 80, les
poils sont taillés, mais en général
on respecte leur implantation naturelle. C'est à
partir du début des années 90 que les
poils du bas commencent à disparaître
mystérieusement. Vu l'histoire complexe mais
souvent érotique des poils, comment expliquer
l'obsession des Américains pour les pubis rasés
à l'approche du troisième millénaire
? Kelly Anderson, partisane acharnée de l'épilation
et ancienne danseuse érotique, prétend
que cela permet aux amants de mieux naviguer sur un
terrain autrement déconcertant. "Il y
en a", observe-t-elle, "qui ne savent pas
trop ce qui se passe, là, en bas.
Je crois que les poils ne font qu'aggraver le problème.
Sans poils, tout est visible". L'entrejambe est
en passe de devenir le nouveau décolleté.
Avec l'avènement de la forme physique comme
impératif moral (surtout pour les femmes),
ceux qui travaillent leur corps veulent le montrer
davantage. Les bikinis sont de plus en plus étriqués,
et le cul est un élément essentiel de
la publicité, de l'art et du cinéma
contemporains.
Puisque la nudité de la femme (et à
présent la nudité frontale de la femme)
est un atout commercial garanti, elle est l'objet
d'un renforcement positif constant. Dans Survival
of the prettiest (La Loi des plus belles), récemment
publié, Nancy Etcoff remarque qu'historiquement,
chaque exposition publique d'une nouvelle partie du
corps féminin a entraîné l'épilation.
C'est une pratique, explique-t-elle grâce à
la psychologie évolutionniste, qui accentue
les différences entre le corps masculin et
le corps féminin et qui rend donc la femme
plus attirante pour l'homme. Pam Winter, rédactrice
de Hair to Stay, un magazine pour les femmes hirsutes,
affirme que le sexisme est responsable de ces changements.
"Un homme qui aime une femme qui se rase entièrement
est un pédophile" dit-elle. "Il aime
le genre petite fille.
Les vraies femmes ont des poils ". (Winter
se décrit comme "une des femmes les plus
poilues du monde, avec des poils sur chaque centimètre
de mon corps, de la tête aux pieds"). Le
fait est que notre culture est obsédée
par les jeunes filles et profondément divisée
en ce qui concerne les femmes mûres ; il suffit
de regarder les précurseurs de cette manie
de l'épilation -- des mannequins plates et
maigres qui ont l'air d'avoir douze ans. Un ami hétéro
m'a avoué que convaincre une partenaire de
se raser, c'est une manière inoffensive de
laisser courir ses fantasmes sur les adolescentes.
Mais l'épilation des poils pubiens n'est pas,
de nos jours, une obsession uniquement féminine.
Les poils masculins, historiquement un insaisissable
mystère, à l'instar du reste du bazar,
causent depuis peu autant l'angoisse et de dégoût
que ceux de la femme. Barshop a ouvert son salon à
Manhattan il y a un an et demi, imaginant que tous
ses clients seraient des femmes. Au contraire, 40
pour cent sont des hommes. Et à peu près
15 pour cent de ceux-ci veulent faire épiler
leurs poils pubiens. La plupart des clients masculins
de Barshop se font faire le maillot ; d'autres veulent
enlever encore plus, mais Barshop se refuse à
faire les testicules. "Trop risqué"
dit-elle. L'épilation, comme la musculation,
est adoptée par un nombre croissant d'hétéros.
(Un propriétaire de salon affirme que les hétéros
"se fâchent si on suggère que c'est
un truc d'homosexuel -- ils sont très susceptibles
à ce sujet".) Barshop maintient que la
gym a eu une grande influence sur l'épilation
; les hommes voient davantage les corps des autres
hommes et, tout comme les femmes dans leurs bikinis
toujours plus petits, ils se sentent à découvert.
Plus d'un parmi ceux que j'ai interviewés
pour cet article m'a confié que l'épilation
faisait paraître leur pénis plus grand.
Pourtant, certaines des raisons qui expliquent cette
frénésie épilatoire sont communes
aux deux sexes. Ceux qui épilent expliquent
que cela permet de mettre en valeur les piercings
génitaux, d'augmenter la sensibilité
physique ou tout simplement d'égayer un peu
leur sexualité. Mon ami Michel m'a dit qu'il
y a quelques années, sa copine et lui se rasaient
l'un l'autre. "J'avais un vieux blaireau en poils
de chameau" se souvient-il. "Elle aimait
ça plus que tout -- genre, 'Tu n'as qu'à
me le laisser en partant!'"
Dans le classique de Nancy Friday, Forbidden
Flowers (Fleurs Interdites), publié en 1975,
une femme mariée s'imagine en train de raser
l'entrejambe de sa meilleure amie. Il y a même
un livre de pornographie indienne du seizième
siècle, intitulé Chrystios, qui, dans
une érotisation créative de l'impérialisme,
présente une indienne rasant une blanche avec
un couteau. Dans la gravure suivante, notre barbière
vérifie la qualité du rasage de sa cliente
avec sa langue! Mais la plupart des épilés
contemporains avec qui j'ai discuté semblaient
peu intéressés par l'idée du
rasage comme jeu sexuel. "Non, non, non"!
proteste Kelly Anderson. "Ouh la! Je ne pense
pas que ça me plairait tellement. Je ne crois
pas que le processus de rasage soit une expérience
que j'ai besoin de partager avec mon amant".
Alors que le rasage devient une étape
obligatoire de la toilette de chacun, comme se couper
les ongles de pied, il court le risque de perdre sa
charge érotique. Peut-être que l'épilation
fait partie d'une hystérie plus générale
concernant l'hygiène. Les magazines pour homme
d'aujourd'hui sont obsédés par la propreté
-- leurs rubriques "conseils" sont truffées
de questions sur la meilleure manière d'éliminer
des odeurs corporelles nocives et de se défendre
contre un monde extérieur infesté de
microbes, et leur contenu est parsemé de pubs
pour des produits comme les ciseaux pour les poils
de nez. Le savon anti-bactérien est quasiment
devenu une mode dans les salles de bains privées
comme dans les toilettes publiques. À l'instar
de l'obsession hygiénique victorienne, la nôtre
est ancrée dans une paranoïa collective
en ce qui concerne la maladie. Et puisque le sida,
la maladie que nous craignons la plus, est de nature
sexuelle, beaucoup de nos soucis pour l'hygiène
se concentrent sur les organes génitaux. "J'ai
toujours assimilé les poils avec la crasse
et le sébum.
Il y a moins d'endroits où les microbes
et les odeurs peuvent se cacher quand il n'y a plus
de poils", dit Anderson. Pourtant, ce n'est pas
logique, comme admettent beaucoup d'épilés
lorsqu'on les pousse dans leurs retranchements, puisque
les poils sont rarement responsables de la transmission
de MST. D'ailleurs, si les poils ont une quelconque
utilité biologique discernable, c'est de maintenir
la propreté des organes génitaux. En
général, l'hygiène dont parle
la plupart des gens est plus symbolique que réelle.
Et, comme les Victoriens, beaucoup d'Américains
sont terrifiés par tout ce qui ressemble à
la nature, ou plus exactement, à la nature
incontrôlée et indomptée.
Miss Octobre 1972, allongée, accueillante
sur son lit de feuilles, est si anachronique qu'elle
pourrait aussi bien porter un corset. Mais la peur
des corps au naturel est également le fait
de la culture de consommation. Les seins en silicone,
les cosmétiques, de plus en plus élaborés,
le maquillage, le parfum et les crèmes anti-cellulite
transforment constamment notre conception de ce qui
est sexy pour le regard, l'odorat, et le toucher.
Dans The Beauty Myth (Le Mythe de la beauté),
publié en 1990, Naomi Wolf remarque que l'obsession
de la perfection physique féminine devenait
de plus en plus envahissante parce que des industries
puissantes (régime, cosmétique, etc.)
profitaient de -- et donc renforçaient -- nos
angoisses culturelles.
Depuis la publication de ce livre, les produits de
toilette, d'hygiène et de beauté destinés
aux hommes sont devenus le fondement d'une industrie
en pleine croissance ; une industrie dont la publicité
soutient plusieurs nouveaux magazines pour hommes,
comme Cosmopolitain, dont la grande majorité
sont obsédés par le corps et ses imperfections.
Enfin, il est possible que l'exposition régulière
de nos corps aux yeux du public fasse de l'épilation
une des seules formes d'exhibitionnisme qui nous reste,
la dernière occasion de révéler
quelque chose d'inattendu. Certains des anatomistes
du passé, postulant que le monde naturel s'organisait
selon un système de valeurs homologue au leur,
pensaient que les femmes faisaient pousser leurs poils
par pudeur. Pris littéralement, bien sûr,
c'est absurde. Mais envisagée en termes d'épilation,
cette pensée devient tout à fait pertinente.
Ceux qui se rasent sont les exhibitionnistes du monde
moderne, fiers du corps qui se cache sous leurs poils.
Helen, ma colocataire poilue, s'élève
contre tout cela :"Si tu enlèves les poils,
il ne reste plus beaucoup de mystère"
! Moi aussi, je suis de cet avis. La sexualité
dépend énormément du mystère.
Comme les sous-vêtements, les poils aguichent,
soit en couvrant soit en encadrant ce qu'on a vraiment
envie de voir, de sentir ou de goûter. Il n'y
a rien de tel que de se frayer un chemin dans la jungle
afin d'atteindre ce but ultime, que celui-ci soit
caché sous ou posé sur les boucles de
l'être désiré. Le poète
e.e. cummings semble être d'accord avec moi
quand il écrit, "i like, slowly stroking
the, shocking fuzz / of your electric fur..."
("j'aime, caresser doucement le, duvet choquant
/ de ta fourrure électrique...").
Ils ne ressemblent à aucuns poils, aucuns
cheveux qui poussent sur nos corps. Ils sont négligés
et sauvages, comme la sexualité elle-même.
Plus profondément peut-être, ils évoquent
notre fascination enfantine pour le corps adulte et
adolescent. Regarder nos propres poils aujourd'hui
nous rappelle que nous sommes vraiment de grandes
personnes, ce qui veut dire que (de temps en temps
au moins) nous pouvons faire l'amour. Ce n'est pas
étonnant alors que les poils soient si tentants
-- et si effrayants à la fois.
Liza Feathers traduit par : [ Fabrice ]
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